Comme une main enlève la buée d'une vitre
Comme la pluie lave les rues
Comme on souffle sur une bougie d'anniversaire.
J'ai effacé votre visage.
Mais votre beauté naïvement provocante continue de ravager les hommes qui arrivent à la ressentir. Elle ne m'attire plus. Seulement, je la vois toujours. Elle brûle et attise tous mes sens. Puis, Elle est arrivée. Et mon âme s'est tournée vers Elle. Par sa seule présence, sans même un regard, un mot, Elle a lancé nos cartes, Elle a brouillé mes rêves. Éparpillée sur le sol, que me restait-t-il à faire, sinon m'incliner?
J'ai effacé votre visage.
J'ai tout aimé. Sa manière de s'imposer, la douceur de sa voix, sa coupe de cheveux, son écriture adolescente... Elle n'était pas vous. Je m'en suis aperçue trop tard. J'étais amoureuse.
D'abord, j'ai refusé d'écrire. Pour la garder mienne. Tel un trésor. J'ai tu son prénom. J'ai interrogé mes amies. Rien n'y faisait. Elle est une question. Mais Elle est la réponse que j'attendais. Sans m'en apercevoir, je n'ai plus pleuré depuis son arrivée. Les larmes, courtisanes de mes mots, ont abandonné mon visage.
Puis j'ai effacé le votre.
Je ne voulais pas le croire. Je pensais si fort à vous. Tout ne semblait être là que pour vous plaire. Chaque objet portait votre prénom. Il fallait bien s'en douter: je ne suis pas femme constante et un nouveau jour signifie pour moi un nouveau désir. Je sais que je ne me lasserai pas d'elle aussi vite que je l'ai été de vous. J'espère juste que, en écrivant ce poème, les Muses m'accordant les mots, ne me prive pas de mon amour.
À moins qu'elles ne l'effacent.
Comme Elle a effacé votre visage.
À Hélèna
13 avril 2009