Chapitres

lundi 13 avril 2009

J'ai effacé votre visage

J'ai effacé votre visage.
Comme une main enlève la buée d'une vitre
Comme la pluie lave les rues
Comme on souffle sur une bougie d'anniversaire.
J'ai effacé votre visage.
Mais votre beauté naïvement provocante continue de ravager les hommes qui arrivent à la ressentir. Elle ne m'attire plus. Seulement, je la vois toujours. Elle brûle et attise tous mes sens. Puis, Elle est arrivée. Et mon âme s'est tournée vers Elle. Par sa seule présence, sans même un regard, un mot, Elle a lancé nos cartes, Elle a brouillé mes rêves. Éparpillée sur le sol, que me restait-t-il à faire, sinon m'incliner?
J'ai effacé votre visage.
J'ai tout aimé. Sa manière de s'imposer, la douceur de sa voix, sa coupe de cheveux, son écriture adolescente... Elle n'était pas vous. Je m'en suis aperçue trop tard. J'étais amoureuse.
D'abord, j'ai refusé d'écrire. Pour la garder mienne. Tel un trésor. J'ai tu son prénom. J'ai interrogé mes amies. Rien n'y faisait. Elle est une question. Mais Elle est la réponse que j'attendais. Sans m'en apercevoir, je n'ai plus pleuré depuis son arrivée. Les larmes, courtisanes de mes mots, ont abandonné mon visage.
Puis j'ai effacé le votre.
Je ne voulais pas le croire. Je pensais si fort à vous. Tout ne semblait être là que pour vous plaire. Chaque objet portait votre prénom. Il fallait bien s'en douter: je ne suis pas femme constante et un nouveau jour signifie pour moi un nouveau désir. Je sais que je ne me lasserai pas d'elle aussi vite que je l'ai été de vous. J'espère juste que, en écrivant ce poème, les Muses m'accordant les mots, ne me prive pas de mon amour.
À moins qu'elles ne l'effacent.
Comme Elle a effacé votre visage.


À Hélèna
13 avril 2009

lundi 30 mars 2009

C'est l'heure des chats

Ombre rousse sur gazon sauvage
C'est l'heure du chat
Pelure d'orange tombée dans les graviers.
Une isabelle garde l'entrée, statue féline
Un mégot de cigarette fait briller un chemin abandonné
Les grilles sont fermées
J'attends pourtant, car
C'est l'heure du chat
Trépigne et fait sortir le fil de sa bobine
Pas de maison pour le matou patibulaire
Alors ces yeux lancent des pensées acides.
Le chien renifle
Félin invisible, il protège
Totem-fourrure se glisse dans une faille du mur
Seuls habitants du terrain délaissé...
C'est l'heure du chat
Demi-tour
Silence forestier
Les ombres des cailloux se touchent jusqu'à s'enlacer
Des empreintes sur le pont
La pierre molle de mousse
Un couple de huppe éclate dans le ciel
Ailes rayées et corps en feu
Les têtes couronnées ont peur des pies
Elles tiennent un conciliabule en haut des cimes
Plus haut encore.
Des anges qui frottent leur bec sur les branches des arbres frileux.
Je rentre
C'est l'heure du chat
Le mien entaille le tronc sec d'un arbuste
Il se caresse, prostituée, sur les pavés du jardin
Yeux vides de couleur humaine
Cicatrices dans un visage doux de sauvagerie
Une feulement.
L'ombre rousse, l'isabelle et le protecteur apparaissent au bout de la rue.
18-19
C'est l'heure des chats...


30 mars 2008

mercredi 11 février 2009

Toi et jeu

Ton poignet fragile dans ma main qui t'oblige.
- Pas ici...
Tu essayes de te dégager et je me plaque contre toi. Tes lèvres, ton cou, tes seins. Les yeux fermés, tu tentes encore de me repousser. Te prendre de force. Me laisser faire. Notre lutte recommence. L'attraction et la fuite. Ça ne dure jamais longtemps.
Ensuite, nous faisons comme si de rien n'était. Chacune sa vie.
Mais quand nous nous croisons à nouveau et que nous lisons dans le regard de l'autre les promesses d'un couloir désert ou d'un escalier sombre, notre désir est le plus fort. Ni les remparts de la ville, ni les vêtements humides de pluie, rien ne peut empêcher notre monstre de tout détruire. Nous nous retrouvons sans cesse.
Pour nous, la fin du monde est un commencement.



À Catherine
6 février 2009

Feu d'elle

Je fais un effort pour me rappeler la longueur de tes boucles torturées. Un état que tu connais bien lorsque, le soir, ton genou droit tente de s'enfuir, te faisant heurter le moindre obstacle. Je désire encore t'observer boiter, comme une jeune déjà vieille. Voir la douleur sur ton visage et m'imaginer l'effacer par un bon mot. Mais la vérité, c'est que tu me rends muette. Ma voix humaine s'enfuit tandis que mes mots cherchent ton visage dans la foule. J'avais l'habitude de marcher en regardant mes chaussures. Depuis que tu es partie, je fixe les femmes sur mon passage. Tu n'es jamais là. Je me noie, ma maladive, parmi ses anonymes qui m'endorment. Je cherche ton feu. Celui qui me maintient en vie. Une chevelure crépitante se détache de la foule et je la suis, tel un assoiffé se précipitant vers un oasis.
J'agonise... je rêve chaque jour de ton retour.



À Hélèna
5 février 2009

lundi 29 décembre 2008

Supplice et Cigarette

AAAAAaaaaah! Hélèna! Hélèna!
Mes doigts griffent la couverture du lit à ton souvenir. Ils aimeraient que ce soit ta peau. Tu es partout. Je suis à toi. Pourquoi ne le vois-tu pas? Mes mains froissent mes cheveux de rage. Elles désirent ton corps. Le recherchent et le prient. Le menacent bientôt. Tu es sourde à leur langage. Comme tu l'es à mes regard. Mes yeux, sans cesse, sont appelés par la démarche ténébreusement provocante de tes fesses. Ma boiteuse, je t'en supplie.
J'adorerai tes cicatrices. Je jouerai avec tes douleurs. Te ferai oublier chaque larme par un crime. Je voudrai que tu me fumes comme tu lui fais l'amour. Car cette bague, je ne peux pas l'oublier! Elle se moque et me nargue, la cruelle alliance. Elle tourne et tourne et tourne sans cesse son or vers moi. Elle me lance des éclairs et brille plus honteusement que n'importe quel bijou. Elle, connaît mes pensées indiscrètes. Mais moi, je ne peux plus, ma toute brûlante, te regarder sans soupirer.
Allons... dénoues mon masque. Prends-moi entre tes lèvres, lisses ma peau avec tes doigts. Ses doigts aux ongles rongés. Moi qui adore les ongles longs! Moi qui aime les brunes et me fais envoûter par une rousse! Moi qui déteste ton rire et le trouve le plus adorable du monde! Qu'est-ce que tu as fait de moi? Sinon une autre, plus humaine que je ne le serais jamais.
Brûle-moi... Fais-moi mal...
Mon âme s'est couchée dans tes yeux comme un chat sur un lit. Avant de te connaître, j'étais déjà à toi. J'aurai beau fuir, tu me hanteras. Mon indifférent, mon déchirant, mon impertinent fantôme. Je penses à toi au coin du feu, puis quand je me lèves le matin. Dans la cuisine, sur la terrasse, dans ma voiture, mon canapé. Quand je réfléchis, écoute la musique, traverse à côté d'un passage piéton. Lorsque je me fais renverser, me vide de mon sang, me relève. T'appelle et m'affaisse.
Comme le sol est dur... J'ai l'impression d'être tombée sur ton coeur.

À Hélèna
29 décembre 2008