Chapitres

jeudi 5 novembre 2009

Guerrier et Dieu

Guerrier frémissant. Vibrisses impertinentes.
Les dents et les griffes maculées d'écarlate sueurs. Tantôt tapis, tantôt vainqueur.
Prends, Terre, cette aumône du guerrier. Accepte un don jadis enfant de tes entrailles. Toi seule est notre véritable religion.
Sanguin, le héros ne craint pas la mort.
Arabesques instinctives. Le vent fait vibrer les longues et puissantes moustaches, compagnons des terribles épopées nocturnes.


Chat se repose. Maintenant indifférent à sa nature d'être supérieur. Coussinets roses éclos dans la poudre pelucheuse d'une patte jadis sauvage. Les rayures de son corps se mouvent, indolentes, sous la caresse de l'ombre végétale. Car la vigne, ancienne féline, aime à chouchouter la bête. Les yeux fermés en angle droit, triangle d'oreilles, le corps rond et les pattes en ovale étiré, Chat rêve d'un monde où il n'est pas un dieu.


Septembre- octobre 2009

lundi 24 août 2009

Hélèna, dernier tableau

J'emporte avec moi l'odeur de votre chien.
Car, dans les cris et les visages qui peuplent mes cauchemars, quelque part, il y avait votre voix.
Je vous laisse partir, Hélèna. Malgré la douleur, la terrifiante et vitale douleur de la perte. En une soirée, vous m'avez fait vivre plusieurs vies.
Et soudain, je me lève avec une seule pensée: Hélèna ne reviendra pas! Griffe les murs, frappe le sol, cogne ta tête. Mais mon coeur était vide. Aucune larme.
Le lendemain, le sol se collait à mes pieds. Marcher me demandait un effort surhumain. Chaque objet semblait avoir été placé dans ce monde pour me rappeler votre souvenir. Tous les mots que je n'avais pas su vous dire venaient soudain à mon esprit. Si brutalement qu'ils m'ont assommée.
Vous êtes une personne précieuse. Je le sentais et le savais. Mais les mots, à mon habitude, n'ont pas franchi les barrière de mes lèvres. Et pour la première fois, Hélèna, j'ai vécu mon silence comme une trahison.


à Hélèna
21/23 août 2009

mercredi 19 août 2009

Des nouvelles

Après les révisions, les examens, les problèmes de note... je m'étais promis de me remettre à écrire. Ce que j'ai fait difficilement. Mais c'est en nouvelle et non en poème que mes mots sont revenus. Je travaille sur deux textes pour les présenter au Prix du Jeune Ecrivain de Langue Française (PJELF).
J'hésite à supprimer mon blog de nouvelles. Mais, comme à mon habitude, je n'arrive pas à faire un choix.
Malgré mon inspiration capricieuse, je publierai toujours des poèmes dans ce blog. Il n'est donc pas question de l'effacer.

Merci à tous ceux qui me suivent et me lisent.

lundi 13 avril 2009

J'ai effacé votre visage

J'ai effacé votre visage.
Comme une main enlève la buée d'une vitre
Comme la pluie lave les rues
Comme on souffle sur une bougie d'anniversaire.
J'ai effacé votre visage.
Mais votre beauté naïvement provocante continue de ravager les hommes qui arrivent à la ressentir. Elle ne m'attire plus. Seulement, je la vois toujours. Elle brûle et attise tous mes sens. Puis, Elle est arrivée. Et mon âme s'est tournée vers Elle. Par sa seule présence, sans même un regard, un mot, Elle a lancé nos cartes, Elle a brouillé mes rêves. Éparpillée sur le sol, que me restait-t-il à faire, sinon m'incliner?
J'ai effacé votre visage.
J'ai tout aimé. Sa manière de s'imposer, la douceur de sa voix, sa coupe de cheveux, son écriture adolescente... Elle n'était pas vous. Je m'en suis aperçue trop tard. J'étais amoureuse.
D'abord, j'ai refusé d'écrire. Pour la garder mienne. Tel un trésor. J'ai tu son prénom. J'ai interrogé mes amies. Rien n'y faisait. Elle est une question. Mais Elle est la réponse que j'attendais. Sans m'en apercevoir, je n'ai plus pleuré depuis son arrivée. Les larmes, courtisanes de mes mots, ont abandonné mon visage.
Puis j'ai effacé le votre.
Je ne voulais pas le croire. Je pensais si fort à vous. Tout ne semblait être là que pour vous plaire. Chaque objet portait votre prénom. Il fallait bien s'en douter: je ne suis pas femme constante et un nouveau jour signifie pour moi un nouveau désir. Je sais que je ne me lasserai pas d'elle aussi vite que je l'ai été de vous. J'espère juste que, en écrivant ce poème, les Muses m'accordant les mots, ne me prive pas de mon amour.
À moins qu'elles ne l'effacent.
Comme Elle a effacé votre visage.


À Hélèna
13 avril 2009

lundi 30 mars 2009

C'est l'heure des chats

Ombre rousse sur gazon sauvage
C'est l'heure du chat
Pelure d'orange tombée dans les graviers.
Une isabelle garde l'entrée, statue féline
Un mégot de cigarette fait briller un chemin abandonné
Les grilles sont fermées
J'attends pourtant, car
C'est l'heure du chat
Trépigne et fait sortir le fil de sa bobine
Pas de maison pour le matou patibulaire
Alors ces yeux lancent des pensées acides.
Le chien renifle
Félin invisible, il protège
Totem-fourrure se glisse dans une faille du mur
Seuls habitants du terrain délaissé...
C'est l'heure du chat
Demi-tour
Silence forestier
Les ombres des cailloux se touchent jusqu'à s'enlacer
Des empreintes sur le pont
La pierre molle de mousse
Un couple de huppe éclate dans le ciel
Ailes rayées et corps en feu
Les têtes couronnées ont peur des pies
Elles tiennent un conciliabule en haut des cimes
Plus haut encore.
Des anges qui frottent leur bec sur les branches des arbres frileux.
Je rentre
C'est l'heure du chat
Le mien entaille le tronc sec d'un arbuste
Il se caresse, prostituée, sur les pavés du jardin
Yeux vides de couleur humaine
Cicatrices dans un visage doux de sauvagerie
Un feulement.
L'ombre rousse, l'isabelle et le protecteur apparaissent au bout de la rue.
18-19
C'est l'heure des chats...


30 mars 2008