La pièce était vide. Mais justement, l’absence des autres me faisait ressentir comme une intruse. Je me dirigeais, mal à l’aise, vers le petit tableau au fond de la salle. Je le regardais pour passer le temps et je serais aujourd’hui incapable de vous dire ce qu’il représentait. J’allais retourner près de la porte lorsque j’aperçu, là, sur la table de bois, un petit morceau de papier où elle avait griffonné un mot à la hâte. Je tournais la tête en direction de la fenêtre. Personne. Je le saisis. Elle avait marqué dessus, comme si cela m’était destiné, « Un cadavre » et avait souligné ses mots. Elle dit souvent qu’elle écrit mal. Le deuxième a consistait en un trait horizontal et le r semblait s’être volontairement fondu dans le v. Pourtant j’avais réussi à déchiffrer ses « pattes de mouches. Mon dieu! Comme j’écris mal! Pardonnez-moi. »
Le bout de papier était le coin d’une feuille fatiguée. Le côté droit était parfaitement lisse mais celui du bas avait été longuement mâchonné par le temps. Son opposé avait été apparemment déchiré par une main énergique tandis que pour le dernier côté, elle avait dû tenter de le découper avec une règle. Un trait d’encre mauve indiquait que quelque chose d’autre était déjà inscrit sur cette feuille avant qu’elle ne la mutile. Ce mélange hétéroclite résumait bien la personne, ou du moins, ce que j’avais pu en voir. De plus, l’encre noire de ses deux mots me rappelait, avec plaisir, la couleur dont elle préférait se vêtir.
J’approchais le papier de mon nez. C’était horrible! Il avait son odeur. Cette femme m’obsédait depuis le premier jour où je l’avais rencontré et je tenais à présent, entre mes mains, le parfum de ses gestes. Alors que ma mémoire a du mal à retracer les traits d’un visage, il est rare que mon esprit oublie un parfum ou une voix. Et il était lentement entrain d’imprégner mes doigts. Je portais le papier à mes lèvres. Merci! Il n’avait aucun goût sinon celui du papier. S’il avait eu la saveur de sa peau, j’aurais été capable d’en déchirer un morceau et de le lécher lentement jusqu’à ce que mon âme, épuisée d’amour, me demande grâce.
J’ai rangé ma trouvaille dans une boîte en fer où sont mélangés mes trésors. Entre un morceau de dentelle, des baguettes asiatiques et l’emballage d’un sachet de thé, l’écriture de Catherine repose.
(janvier/février 2007)
